Dr. Feelgood
Wilko Johnson - Rock & Folk (1977)

Propos recueillis par Philippe Manoeuvre © Rock & Folk
Merci à Daniel Rapina !

Anémie ? Hop ! Sur la route avec le Doctor !
Ordonnance : cure du Rock’n’Roll d’une bonne semaine, piqure d’électricité chaque soir, riffs de Wilko à haute dose. Feel good ?

Et ils s’avancent sur la foule, comme uns bands de gangsters récemment évades. Brilleaux se met en train en cognant le vide de sa main droite. II se contracte, devient irascible ("Je croyais que les gens n'avaient plus rien à foutre du rhythm’n’blues. Mais on a joué dans un ou deux lycées, et ils se sont mis à danser !"). Wilko, à gauche. a l'air encore plus dangereux, lui qui s’autorise à peine un mouvement de tête mécanique, se dévissant le col sans réfléchir ("Quand je suis revenu des Indes, ça faisait cinq ans que me guitare était sous mon lit"). Sparko a la bouche en cœur. Ses yeux rigolent et il fait un incessant aller-retour, de son ampli au bord de la scène. Il a vingt-trois ans ("Le jour de ma naissance, un raz de marée a ravagé Canvey Island"). Figure ne relève pas la tête. Il n'a pas bougé depuis l’époque ou il battait pour les Hyde Park ou les Cupid’s Inspiration, des groupes de variété ("J'ai choisi la batterie perse que ça me semblait violent, comme instrument"). Et le Doc brule les planches...

Blues

Certaines nuits, quand touts la ville dort, il m'arrive de rester éveillé. Je suis trop fatigue pour relancer la stéréo, et le blues me poisse le cœur. Alors je me demande : où sont-ils en ce moment ? Personnes ne répond. II ne me reste plus qu’a ouvrir tout grande la porte aux souvenirs rédempteurs. Et je revis ma tournée avec Doctor Feelgood. J'ai bien de la chance !

Blues (bis)

Au départ, je doutais. Je ne pouvais m’empêcher de songer que Feelgood quatre fois de suite, ca risquait de ne pas faire un si grand trip que ca. Et s'ils jouaient tous les soirs exactement la même chose, hein ? Apres le concert de Lyon (le 3 novembre, j'ai failli les planter la, au Novotel. Je m'étais enfermé dans ma chambre, et Metha a appelé de Paris, pour savoir comment s'était passé le retour des fils prodigues, forts de l’Amérique, de "Stupidity " et tout ca, et alors comment c'était ? "Ils ont la grippe. Sparks s'est foulé le poignet. Le concert était trop lent, mai ressemelé. Ils ont fait 'Walking The Dog', mais c’était pas celui des Baskerville, et si Brilleaux ne s'était pas roulé par terre pendant 'Vérifiant ma Nana', ca aurait été le bide. Pas au niveau public, bien sur, parce que, à Lyon, ils doivent voir un groupe tous les siècles. La seule surprise, ca a encore été 'Great Balls Of Fire'. Sauf qu'ils ont joué à peine une heure, rappel compris !"

Comme on le voit, le moral retombait en dessous de 37,5°, et il fallu toute la persuasion d'un vieux copain embarqué dans la même galère pour m'emmener en bas, voir le groupe.

Lee Brilleaux, LAID BACK, une cigarette a la main, un verre de l'autre, Lee Brilleaux, COOL ? Nulle part ailleurs que dans le hall de son hôtel ! "La dernière fois que nous avons joué ici, il y avait deux cents personnes. Ce soir, 2000 !" Sur que c'est l'ascension, Lee, mais le concert...

"Well, l'entorse de Sparko limite le répertoire. Il ne peut jouer qu'au bas du manche. Mais d’ici à Paris, ca va changer, pas vrai, Figure ?" Méconnaissable, avec ses cheveux sur les oreilles, George Martin, batteur de son état, acquiesce sobrement. Personne n'a mangé, tout est fermé. La vie sur la route serait-elle un sacerdoce ? Pas selon Brilleaux, qui s'excite comme une bête parce que le putain de bar est déjà fermé, à minuit un quart ! Les pourparlers de Chris, le manager, avec la direction ne mènent a rien.

Le gérant exhibe un petit règlement : "Pour vous servir, de 6 h a minuit." "Regardez-moi ce petit futé !" hurle Lee en français. "Tu peux te rouler ton règlement et te l’enfoncer ou je pense !"

Vaincu, le personnel accepte de nous servir une tournée en maugréant. Lee parle alors de son trip à Mexico, de ses cuites au mescal. Et au fur et à mesure que la soirée descend et que la vodka arrondit les angles, nous parlons des Hot Rods, du Bataclan et du catalogue Specialty que les Feelgood connaissent comme leur poche. Surnommé Barry (a cause de sa ressemblance incroyable avec certain héros de Kubrick), l’éclairagiste suggère de jeter le représentant de United Artists dans la piscine, dehors. On joue avec l'idée, puis Barry tente, vainement, de casser son fauteuil. Nous chauffons désormais- le hall, sans vergogne. Et dans un décor aussi pédant, glacial, plastifié et inhumain, il n'y a guère d'autre alternative quand on a le ventre vide, et trois verres de trop dedans. Je me surprends a considérer mon siège avec l’œil du tueur de fauteuil professionnel, le dépeçant en pensée. Brilleaux extorque une nouvelle tournée. Les rires emplissent l'entrée. Wilko descend, grimace, remonte se coucher. Personne ne semble l'avoir vu. Le passage d'une fille moulée dans un jean délavé déclenche un chahut de carabins.

Nous décidons qu’il ne peut s'agir que d'une Allemande. Son derrière, oui, son cul en est la preuve manifeste ! Et plus le ridicule de la situation nous empoigne, plus la soirée s’enfonce dans la malédiction de l'ennui Je grimpe sur une petite table et hurle : "Nous réécrirons la Bible, Lee !" C'est décide, je reste.

Deux heures du matin

"La vie sur la route peut détruire un homme" (pas vrai Iggy ?). Arriver a la réception. Prendre sa clef. Se marrer : le plat du jour est le même qu'au départ ce matin. Frémir : quoi, la même saleté congelée, à six cents km de distance ? Oublier toute velléité de sustentation Aller voir la chambre. J'ai un abonnement au 440. Brancher le tube. C'est l'heure des infos régionales. Les mêmes qu'hier : on licencie ici, on ferme la. Combien de temps encore les syndicats viendront-ils faire leurs trois petits tours ? Tiens, ce soir, l'indicatif est un petit bout de chanson de Black Sabbath, "Killing Yourself To Live". Ironie suprême, hein, Big BroTher ? Que faire ? Les Feelgood ont trouvé la solution. Ca se passe définitivement au bar.

"Dis-donc, Lee, vous ne vous embêtez pas un peu, à force, en tournée ?" "Si. Sinon, est-ce qu’on serait la, en train de faire les choses avec ça ?" Et il désigne une brassée de cure-dents que Sparko et lui ont réduits en chiquettes dans leur tentative désastreuse de les transformer en toupies. Wilko passe, demande un café, va le boire tout seul dans l'ombre.

Enfin, c'est l'heure du crime. Et je ne voudrais décevoir personne, mais une tournée, ce sont vingt-trois heures d'attente par jour pour soixante minutes de défonce. So, elle ferait mieux d'être là, l'énergie. Chacun porte sa guitare. Sparko fait des vannes grosses comme des camions-citerne en période de vidange : "'Johnny B. Goode' ? Nous n’avons jamais joué 'Johnny B. Goode'"! Ce sont nos musiciens de studio qui l'ont couvert pour nous !" Puis ils montent sur scène, et ils nous font le concert de la veille. Le même, mais en couleur.

Ce qui signifie concrètement qu'il s'est passe cette fois des tas de choses, et que nous regagnons le bar raides rassurés. Pourtant, en arrivant, Lee trouve un "Figaro" vieux de deux jours et découvre une mauvaise nouvelle a la une : "What ! Jimmy Carter, ELU ? Oh, well, de toute façon, je n’avais pas l’ombre d’une chance. Mais je me suis battu jusqu'au bout, hein ?" George Hatcher est content. Parce qu'il est sudiste ? Ca, et aussi heureux pour ses copains de Capricorn Records. "(Ca risque de mettre fin a tous les ennuis des Allman Brothers. Capricorn avait ‘misé’ Carter, ils ont donné je ne sais combien de benefits pour financer sa campagne ! Si Ford était passe, les Allman dérouillaient sec !" "Quelle fumisterie" s'écrie Lee. "Bon, je vais me changer. Y’a une nana qui devait me rejoindre. Si elle arrive, garde-la moi !"

Deux heures plus tard, George attend toujours, et moi je guette le feu vert pour mon interview avec Wilko Johnson. Chris m'a promis que ca serait pour cette nuit. Mais il est deux heures du matin, et je tombe de fatigue. Le vacarme croissant des musiciens, agglutinés autour du billard, m'enferme dans un cercueil de plomb. Parlez... moi... d'énergie... J'essaie tous les trucs connus, je compte les guitaristes des Yardbirds. Quand je rouvre les yeux, Wilko est la. Droit comme un i, les mains dans les poches de son gilet, il regarde la scène. Je jurerais qu'il vient de poser un œil sur moi. "On y va, Mister Johnson ?" "On y va." Nous montons quelques marches, suivons en silence un interminable corridor lugubrement éclairé. Wilko marche a grandes enjambées. Il s'arrête devant la porte 240 (bon présage). Nous entrons. Pas de valises éventrées. Juste un attaché-case grand ouvert, qui révèle une boite de lait, trois oranges. Et un petit magnétophone. Wilko le met en marche, et de la musique indienne monte, en sourdine. (What ? Réellement ? réellement ?) Puis le guitariste de Doctor Feelgood se jette sur son lit. Beaucoup plus tard, a la fin de la mélopée, il ouvre les yeux, hoche la tête.

Wilko

Comment est né Doctor Feelgood ?

Le plus simplement du monde. Feelgood, ce sont des gens qui habitaient la même ville, qui se connaissaient. La chose s’est produit des millions de fois : "Tu veux former un groupe ? - Okay, allons-y !" Notre décollage ne m'a pas surpris. Je savais que nous étions bons, et que les gens allaient aimer notre musique. Par contre, si a l’époque on m'avait dit que nous deviendrions professionnels, enregistrerions des disques, j'aurais éclaté de rire. En réalité, on passe d'un stade à l’autre, sans surprise. Au moment ou nous avons formé le groupe, hormis allumer la radio, je ne m’intéressais guère a la musique. Et je ne savais pas si ce que nous faisions était dans le vent. Et puis nous avons commence à assurer des premières parties pour un tas d'orchestres. Et la, j’ai vu plus de groupes que je n’en avais jamais vu de toute ma vie. Je me rappelle avoir regardé ces gens et pensé : "Fuck ! C’est si facile, pour eux !" Ils avaient l’air de s’emmerder, et en plus ils ne donnaient pas le quart de ce que nous donnions.

Respectes-tu d'autres groupes que Doctor Feelgood ?
Oh, oui. J’aime Dylan, Van Morrison. J’aime les Roogalators qui sont importants. J’ajouterai Led Zeppelin, parce que ce qu'ils font ils l'ont inventé, et qu’ils le font mieux que quiconque.

Comment as-tu appris à jouer de la guitare ?
Aussi loin que je puisse me souvenir, j’étais obsédé par Mick Green. Mick Green était le guitariste de Johnny Kidd and the Pirates, et c’est le meilleur guitariste que l’Angleterre n’ait jamais produit. Il a bien sur gâché sa carrière dans le business, mais tout mon style est repiqué sur lui. J'ai trouvé tous ses disques d'occasion, parfois je les passais à seize tours, je copiais tout scrupuleusement. Parfois, je tentais de suivre. Le mieux, c'est encore de jouer, et c’est dans ces moments qu’on réalise qu’on va y arriver.

Pourquoi joues-tu sur une Telecaster ?
D’abord c'était la guitare de Mick Green. Ensuite, c'est celle qui me convient le mieux.

On a beaucoup loué ta science du riff. Qu'en penses-tu ?
Riffs ou solos, ca n’a rien à voir. Ce qui compte, c'est le feeling. Si on a le souffle, c’est gagné. Moi, il me semble bien que la plupart des gens dans le... Rock, n’ont pas de feeling. L'idéal, c'est d’avoir feeling et technique, évidèrent, comme King. Mais si on prend John Lee Hooker, on s’aperçoit que, sans la moindre technique, il peut faire passer autant de choses. Quant à ceux qui n'ont que de la technique…

Des noms, des noms...
Non. Ce n'est pas à moi de les critiquer. Le seul truc, c’est de ne pas se laisser ennuyer par eux.

L'attitude scénique de Doctor Feelgood est assez unique…
Je crois que ce que nous faisons n’a jamais été fait auparavant. Peut-être que des gens jouent mieux que nous, qu’ils font ceci, ou cela. Mais nous, nous croyons à ce que nous faisons. Si tu veux, nous avons la Foi, le feu sacré. C’est une espèce d'arrogance, doublée d'une volonté d'être les meilleurs. Si on regarde ce que nous montrons sur une scène, il est évident qu’aucun être humain n'est aussi simpliste que ca. En fait, nous prenons certains cotés de nos personnalités, que nous exagérons jusqu'a les exprimer totalement. Pour moi, c'est la violence. Du coup, une partie de moi-même devient tout moi. Il y a un tas de choses en moi qui n'ont rien à faire avec le Rock, et que tu ne verras jamais...

Comme cette bande de musique indienne, par exemple ?
C’est la seule que je possède. Sur l’autre face, il y a du Rhythm’n’Blues.

Tu as l'air d'un cas spécial, comparé aux autres membres du groupe. Tu ne te mêles jamais aux parties, tu es très réservé...
Je suis comme cela. Je suis juste un être qui est impliqué dans le Rock, mais qui veut garder ses distances. Je dépends du Rock, mais je suis très prudent.

On a parlé des significations symboliques de vos concerts, de votre musique. On a évoqué la fin de l’ère industrielle, une expression de la Machine, on a dit que vous étiez un "drug-group"...
En fait, tout est possible. Nous, on joue, avec naïveté. Nous jouons ce que nous avons en nous. Et comme ca vient de l'intérieur et que c’est réel, les auditeurs trouvent ca véridique. Mais en plus, l’auditeur a sa propre réalité. Et chaque personne différente va adapter notre message à SA réalité propre.

Wopbopalaloo ?

Quelle sera la direction des prochains albums ?

Nous allons renter, dans la mesure du possible, d'exposer les nouvelles compositions en public. Ce qui peut paraitre évident, mais jusqu’ici, nous n’avons jamais eu le temps de le faire. Ce qui veut dire que quand nous les enregistrerons, les morceaux auront été travaillés, et retravaillés. En fait, nous ne voulons absolument pas rentrer dans les techniques offertes par les studios modernes. Nous faisons les morceaux en une seule prise, et nous les laissons reposer. Il n’y a jamais de re-recordings. Mais nous ne sommes pas stupides, et nous savons ce que nous voulons entendre. "Lights Out", par exemple, a été enregistré pour figurer sur "Malpractice". Or, ca ne swinguait pas. On a décidé de l'essayer sur la route, et ca ne marchait pas. Ces jours-ci, quelque chose s’est enclenché, et le morceau marche parfaitement.

Tu écris tous les morceaux. Cela te confère-t-il une position de leader par rapport aux autres ?
Absolument pas. D’abord, je n’écris que pour les autres. Sans ce groupe, je n'aurais probablement jamais écrit une chanson. Maintenant, j'écris sur des choses que je connais, que j’ai vécues. Et si mes mots sonnent juste, par rapport à mon expérience, je les utilise. Bob Dylan a montré qu'il pouvait écrire des chansons extraordinaires a propos de tout, ou presque. Mars la raison pour laquelle il peut, c’est que Dylan a le génie de rendre ses sujets réels, par rapport a son existence. Si un type se dit : "Tiens, Dylan a écrit là-dessus" et s’il essaie d’en faire autant, il sonne stupide et ridicule. C’est la différence.

Peux-tu nous raconter la genèse d'une de tes chansons ?
Par exemple, "Back In The Night". Je travaillais sur autre chose, et il ne se passait rien. A onze heures du soir j'ai abandonné, parce que ma Miss est arrivée. On était assis, on parlait, et soudain un riff surgit dans ma tête : "tin, tinlinlin". Des le départ, j'ai tout couché sur le papier. A ce moment-la, j'ai une structure musicale. De plus, j’ai mon code, ma syntaxe. En anglais, il y a trois significations possibles pour l’expression "to back in the night", en gros "je reviens ce soir", "de retour dans la nuit" et "encore dans le pétrin". Alors j'ai composé un couplet pour chaque sens, et c’est venu très vite. Naturellement, c'est plus satisfaisant ainsi, car on a l’impression d’un acte magique. Mais je porte une attention toute particulière aux mots. Ainsi, il m’est arrivé de travailler un an durant sur des refrains. Je ne veux pas dire par le que les gens devraient scruter mes textes avec une attention toute particulière, mais si un seul mot ne me semble pas parfait, je préfère ranger la chanson.

Je crois que tu as fait une licence de Lettres ?
Exact. Et ce qui m'a plu, dans ce domaine, ce sont les mots. Le rythme, le son des mots. On peut écrire des choses qui n’ont AUCUN sens et qui sont fantastiques. Par exemple, Wopbopalooboplopbamboom, qu'est-ce que ca veut dire ?

Un cas de plus a verser au dossier du Rock poétique ?
Ah, surtout pas ! Car pour moi, ce sont deux domaines totalement différents. Quand on me dit que quelqu’un fait du "Rock poétique", j’ai l’impression que la personne en question est si honteuse de l'implication profonde du Rock’n’Roll qu’elle essaie de se trouver un alibi. Si tu vois un poète, et que tu le trouves bon, tu ne vas pas dire : "Oh, ce poète est un grand rocker !" De plus, Rock et poésie sont deux modes d'expression qui affectent différemment la sensibilité.

Blasé (à 1%)

Le voyage que vous avez fait en Amérique t'a-t-il inspiré ?

Absolument pas. Je n'aime pas l’Amérique. Je n’ai rien contre ce pays, mais il y a pas mal d'endroits où je préférerais vivre : la France et la Hollande, et évidemment l’Angleterre. Moi, je ne m'amuse pas aux States. Nous n'avons rien à y faire.

Préfères-tu les petits clubs, ou les grandes salles ?
Chaque nuit, quand nous jouons dans ces grandes salles, c'est dément. Je n'ai jamais aimé les clubs. Quel que soit l’endroit ou nous jouons, nous donnons cent pour cent de ce que nous avons. Nous suons, sais-tu, et on ne voit pas tellement de groupes sortir de scène trempés comme nous le sommes. Ni donner autant d'énergie. Et en ce moment, nous travaillons plus dur que nous ne l'avons jamais fait au Marquee. Parce que dans un club, la scène est grande comme ce lit, et c’est tellement facile de l'occuper ! On donne l’impression d'une activité démente en faisant deux enjambées. Alors que sur une grande scène, il en faut douze ! Personnellement, si un jour je pensais que je deviens "blasé" (en français), ne serait-ce qu'à 1%, je commencerais à penser à me trouver un autre travail. Le show a changé, pour éviter la routine. Et il n’y a personne dans ce groupe qui considère que le Rock soit un moyen de faire du fric. Attention ! Je ne prétends rien ! Je sais que le nerf fondamental du Rock, c'est l'argent. Mais en même temps, je sais quelle est notre politique. Nous faisons ce que bon nous semble. Parce que notre manager est un ami, qu'il a commence par être un membre du groupe, et qu’il prend son pied comme nous, et avec nous. Nous ne pensons pas a ce qui va nous rapporter le plus d'argent, mais le plus d'amusement. Nous pourrions être plus riches que nous le sommes. Je pourrais me promener en Rolls Royce, et ne plus jamais avoir à travailler de ma vie. Mais il y a des choses que je n’ai pas acceptées, parce que je ne suis pas stupide. Le business ne doit servir qu’à atteindre notre public. Je suis hier de ce que nous avons fait. Il y a eu des moments ou, avant de sa voir ce que nous faisions, nous sentions que c'était une erreur. Et alors nous nous sommes demandé : "Pourquoi ?!" Et c’était à cause du business. A chaque fois, nous avons tout stoppé. Et pensé. Quitte à revenir en arrière.

Comme la tournée avec Kiss, par exemple ?
Par exemple. Je ne veux pas sortir de la en regrettant certains actes. Je veux que personne ne puisse me dire : "Tu t’es prostitué, tu t’es vendu." Et personne ne peut le faire.

Tu sembles envisager l’existence de Doctor Feelgood comme une chose qui ne durera pas longtemps ?
C’est tout l’intérêt du Rock. Il change. Il va de transition en transition. Rien ne dure. Ces temps ci, les gens font de grandes déclarations, on en a vu qui étudiaient les fifties, qui tentaient de procéder a des recoupements, de tirer des règles, des clés. C’est de la merde ! Car le Rock, c'est la science de l'instant. Ca arrive, et quand la musique s’arrête, il ne reste plus rien, et plus rien à penser. On a son moment quand on est au sommet, quand on est bon et quand on donne. Puis vient un jour ou les gens décident qu’ils n'ont plus besoin de vous. Et peut-être que vous avez encore à donner, mais eux s'en foutent. Ou peut-être, et c'est PIRE, peut-être est-ce vous qui en avez assez. Mais les gens en redemandent, et vous pourriez les tromper indéfiniment. Ca ne m'intéresse pas. Je crois qu'il faut s'arrêter à un moment. Car ca ne dure pas toujours, et aucun groupe n'est épargné.

Et pourtant ! On peut dire que, particulièrement en Angleterre, on a vu des groupes s'accrocher, sur des décennies !
Quand tu me parles de dix ans, je trouve ca ridicule. Je veux dire : comment peuvent-ils ? Parfois, Chris me demande ce que nous allons faire dans six mois, et je lui réponds : "Fuck, six mois ! Mais ca sera le printemps !" Et maintenant, nous sommes en hiver. Et je ne peux, ni ne veux penser a des choses distantes de six mois. Je ne veux pas que ma vie soit programmée à l’avance, pour quelque période de temps que cela soit. Autant creuser ma tombe ! En ce moment, je m'amuse. Mais le monde change. Et je sais que nous ne changerons pas pour nous adapter au business.

L'heure de l'étrange

Vous ne jouez jamais de Blues ?

On ne sait pas, on ne peut pas. Nous jouons mieux le Rock'n'Roll que la plupart des gens. C’est pour cela que nous en faisons. Pourquoi est-ce que tout le monde en joue en rappel, sinon parce qu'il n'y a rien de meilleur qu'une putain de chanson de Chuck Berry ? N'est-ce pas meilleur que toute la merde qu'ils proposent avant ? Moi, je ne veux rien faire d'autre.

Que fais-tu quand tu n'es pas sur la route ?
Je ne touche pas à ma guitare. Mes plaisirs sont assez peu remarquables, et sans doute conformes à ceux de la grande majorité des gens. La route, c’est la scène, et j’aime ca. On ne voyage pas pour le pied, il y a un but derrière tous ces kilomètres. En même temps, on vit a d’étranges heures (il est alors 3h30 du matin), on ne sait plus dans quel pays on se trouve. Parfois, je regarde par la fenêtre pendant cinq minutes, en essayant de savoir où je suis. Mais j’aime ce sentiment étrange, et je me recherche. Tout m'est étrange. Ce que je vois n’a pas l'air bizarre aux autres, mais j’ai ma façon de regarder les choses, et elle est différente... Je ne sais pas... Ou peut-être que tout le monde voit ces choses... Mais n'y prête pas attention…

Dans les dents

Ce n'est que de retour à Paris que j'ai pris (ou pu prendre) un certain recul par rapport au travail du groupe. Et que j'utilisai les clefs de Wilko. Paris retrouve, tel un Los Angeles miniature, avec son périphérique embouteillé ou de grands carnassiers s'insultent à coups de sirènes, Paris et sa grisaille de plomb. Et, ô joie, le retour aux Pavillons. Et déjà, le flip. Qui s'étonnera si Lee, justement, évoque le récent concert de Belfast et l'infecte tension qui occulte certains "lieux maudits" ou l'on est saisi a la gorge par le désir d'en finir au plus vite? Cette nuit la, la foule était hargneuse, réduite au strict minimum. Of course, et à n'en pas douter, vu du côté de "Musique Action", quoi de plus génial que d'organiser un festival pop garanti de gôche crypto-têtue à cent mètres de chez KCP ? Dingue d'idée ! Surtout qu'en fin de compte, ca a tout juste permis de scinder en deux les amateurs et mis des poutres dans les roues du seul groupe de rock'n'roll que j'aie jamais eu l'honneur de rencontrer a faire preuve d'une conscience de classe. Et d'opinions politiques pour le moins aussi radicales que celles de nos prétendus révolutionnaires. Les Pavillons étaient démesurément vides, hantes par des ombres de cuir noir, déchirés par des symphonies de coups de sifflets. Une odeur aigre flottait sur la place.

Alors on prit un souverain plaisir a regarder Feelgood travailler. Mieux : on entra dans sa musique jusqu’e en palper les moindres mots. Quelle classe ! Des l'ironique présentation ("I Can Tell"), on perçut une maitrise et un jusqu'au-boutisme trop rarement égales par les formations anglaises : "Je peux dire, a la façon dont tu me regardes / Dont tu me prends la main en souriant / Je peux dire... Je peux dire... / Je sais que tu ne m’aimes plus ! / Ah! J 'en ai marre du cafard / Et je vois que tu viens de mon côté /Je sais bien que tu m’as critique / Je sais que tu ne m’aimes plus !" Ca, c'est l'intro de choc, la claque dans les dents. Il est des circonstances moins périlleuses, où "Talking About You" (déclaration d'amour surannée mais toujours frappante) convient mieux : "Laissez-moi vous parler d'une fille que j'connais bien / J'la vois toujours se pavaner dans la rue / Bon sang, si je pouvais me la faire / Hey, je parle de tai de personne d’autre que TOI / Je veux dire TOI, c’est à toi que j’essaie de d-d-d-dire CA !" Ensuite, c'est Wilko qui nous assène une tranchante profession de foi : "Si le monde s’arrête de tourner / Je rentre a la maison" ("Goin' Back Home"). Et là-dedans, il y a un couplet spécial pour Brilleaux : "Le vieux Johnny Grin / Y m'a invite chez lui / On a regardé sa télé / Et on a bu un p’tit gin / Et puis j’suis tombé dans la rue / Souriant aux visages que je HAIS !" Diantre ! Combien de temps encore faudra-t-il avant que l'on reconnaisse enfin en Wilko le chantre de la vie prolétaire ? Nulle affectation, nul sordide complaisamment étale, juste une description au vitriol des joies et des peines du petit peuple, de ses amours et de ses haines. Mais je soupçonne Wilko d’être un mystique, et il vient de signer son œuvre la plus ambitieuse avec le morceau intitulé "Time And The Devil". II tient e chanter cela lui-même, et on dirait bien qu'il tente de marier la philosophie Zen au mode de vie occidental, indiquant, non sans un humour glacial, une direction qui lui est propre : "Pas de femme / Pas de cash / Pas d’alcool / Quelle nuit épatante ! / Pourquoi m’inquiéterais-je / Le temps et le diable / Sauront m’offrir tout ce que je désire ! » Juste après, ils enfoncent ce gag existentiel qui dépeint si exactement Brilleaux, Figure et Sparko qu'on en rit d'aise : « Keep It Out Of Sight" ("reste dément, reste génial, reste hors de ma vue !"). Et puis on entre dans la zone danger. Feelgood se transforme en un gang de mafiosos pour ce morceau qui démarre sur un crépitement sur la caisse claire (tac-tac-tac) et débouche sur un riff jazzy (genre « Melody » a 45 tours). Ca s'intitule "Everybody's Carrying A Gun" : "Oh, mon Dieu, quel est ce bruit /A chaque coin de rue de 'nos Jours / On dirait que tout le monde se promène avec une arme." Le pole évident de cette attitude se trouve (sorry lads) en prison. Mais la aussi, l'humanité se révolte. Et c'est donc "Emeute dans le Bloc n° 9". La chanson qui a le courage d'évoquer les joies de la subversion armée (et ca nous vaut un refrain a la nitroglycérine). Chaque soir, Lee change les paroles. Certaines fois, il dormait quand "Ca a commencé a barder au second étage". Aujourd'hui, "J'étais a poil dans ma cellule". Ca dépend. Mais de toute façon : "A la deuxième heure / Les gaz lacrymos ont couché leurs proies / Et nous voila de retour dans nos cages /Mais depuis ce jour-la, de temps en temps / On se fait une petite émeute, une petite émeute / Dans le bloc numero9 !"

Puis Feelgood ramène les foules la ou elles veulent, au cœur du rock'n'roll le plus cru. Et ces instants magiques, qui ont pour nom "Route 66", "Roxette", "Johnny B. Goode", "Bye Bye Johnny", "Lights Out" et "Great Balls Of Fire" méritaient à eux seuls, qu’on fasse 1.900 km en quatre jours pour les saisir. La nouvelle égérie, c'est Roxette, cette fille que l'on imagine très bien, avec ses cheveux blonds décolorés, ses taches de rousseur, ses yeux candides et ses lèvres de chienne. Irrésistible :
"Je t'ai vu dehors l’autre nuit / J’ai vu quelqu’un te serrer de prés / ROXETTE / Je me suis demandé qui ca pouvait être / Il faisait si sombre que je n’y voyais rien / Tout ce que je sais c'est que c'était pas moi / Et je t’assure que c'est pas net / Et je pense que tu seras d’accord/Hey ? J'ai pensé que t’irais au concert / Le groupe jouait du rock’n’roll / Rock set / J’ai pas eu besoin de te chercher / La musique était si forte / Mais je t’entendais parler à travers la foule ! Tu prévenais tout le monde que tu t’étais trouvé un nouveau mec ! C 'est ce que tu as fait, baby, UH ?"

Naturellement, ils furent au-dessus de tous les espoirs, et ils laissèrent les Parisiens ragaillardis et fiers de leur choix. Feelgood a changé. Au début, c'était un groupe qui clouait ses audiences au sol, au finish. En 1976, on pouvait craindre posée au milieu de la piste, distante d'une soixantaine de mètres des premiers fauteuils. En attendant l'heure de la cérémonie, j'explore le labyrinthe des coulisses, des couloirs de béton désert où les pas soulèvent une poussière imaginaire. Il ne manque que les classiques vieux journaux pour évoquer ces fins du monde chères à la Sifi, et voici justement des tas de vieux numéros de "L'Equipe" qui jonchent le sol. Du coup, je me prends pour Charlton Heston dans "The Omega Man", et je sprinte sur le ciment. Au coin d'un corridor, George Hatcher m'aborde et écroule ma fiction : "C’est ici qu’il y a eu les Jeux Olympiques, pas vrai ? Woow ! Dire que je les avais suivis à la télé, et ce soir... c'est nous !" De fait, la suite tiendra du décathlon. Vers 21 heures, George le Sudiste et ses mercenaires prennent la scène d'assaut. Tout de suite, ils lèvent les yeux, réalisent l'énergie qu'il faudra insuffler à leur boogie pour le rendre perceptible jusqu'au dernier rang, et ils donnent leur maximum. Ce soir, les guitaristes ont mangé du cougar. Okay, ils n'ont pas invente la machine e rouler le joint, mais ils font un grand match. Machin passe le moulinet à Trucmuche, qui feedbacke en zigzag et met le batteur hors-jeu. George fait une tête, l'organiste couvre les arrières, et en fin de compte, c'est direct au but ! Le tabac de Virginie !

Feelgood arrive, comme à son ordinaire, juste à temps. Figure noue une cravate informe autour de son col. Chris déboule, heureux acquéreur de cinquante packs de Kronenbourg. Et il n'est pas le dernier à s'arroser la glotte, l'attaché-case en bataille, le t-shirt remontant sur son ventre... Une seconde durant, on entend seulement le tintement des capsules heurtant le sol. Tout est utile pour libérer le précieux liquide : bords de table, boucles de ceinturon, tournevis, dents (DENTS ?! Un jour, je vous apprendrai).

Jean Gemin monte sur scène dans l'obscurité. Il agrippe le micro : "Ladies and Gentlemen... Aoh !... COME ON ! Doctor FEELGOOD !"... Quatre ombres arrivent au pas de course, manches de guitare brandis. Wilko claque un accord, salué par un rugissement d'approbation. "Papa dit que j'ai l’air idiot / Maman est bien d’accord / Moi je cours le monde / Eh bien, c'est de la stupidité !"

Ce soir, c'est sérieux. Ils ont tous les yeux fixes sur la montagne obscure, et ce qui jaillit de la sono évoque un ouragan. Ce ne sont pas les points de comparaison qui manqueraient. Feelgood est un groupe bien dans la tradition. Et il apporte quelque chose : n'importe qui vous dirait que c'est un groupe d'aujourd'hui, pas un machin revival. Parce qu'ils sont si bons et si sauvages qu'ils q méritent de la Légende. Ce soir, Feelgood attaque. Et ils soufflent sur les cœurs. Lee, terrible, éméché, crie son âme : "Ouiii !... Encore une fois... arrggg ! Une dernière petite fois..., ouh, Ou-là !" Les doigts de Wilko ne prennent jamais de repos. De sa main droite, il balaie les cordes de sa Telecaster, insufflant une vie réelle e ses accords. Car il ne se contente pas de pilonner. En un perpétuel aller/retour, il exprime les cisaillantes vérités du double-tranchant. Plus que jamais, il ressemble à un mystique en pleine crise d'épilepsie rock'n'rollienne.

Brilleaux a entièrement renouvelé son style d'harmonica. Depuis que son copain Huey (du groupe Clover) lui a en- seigné son art, il sait faire parler son instrument, ponctuant, modulant, enrichissant à chaque instant, apportant la vie dans le fer. En cela, il est épaulé par Sparko, le bassiste qui moutonne avec une joviale précision, arrondissant les angles, jouant souvent le rôle d'une rythmique de velours. Figure est du côté de Wilko. Mécanique métronome, il masse ses peaux à grands coups de baguettes. vouté sur ses larges caisses, cognant avec une sourde rage.

A un moment, on les vit déferler comme une bande de Viet-Cong perçant les lignes américaines, et Wilko racla une longue serie de notes lumineuses, juste comme Ron Asheton quand il cramait son ampli à la fin du solo de "l'm Loose". Tout cela aurait assommé un bœuf. L'effet produit sur des êtres humains ne fut pas moins surprenant. Bien vite, les balcons se soulevèrent, en une vague de bras, de jambes, de corps frétillants. Mais Feelgood sait faire peur et joue avec le cerveau des spectateurs. Quand Brilleaux se cisaille la gorge du revers du pouce en clamant "Si vous n'arrêtez pas l’émeute / Vous allez tous passer à la chaise !" c'est la panique. En une seconde, la peur du flic, du père, du répresseur fait refluer le sang. Mais c'est l'émeute, comprenez-vous ? Il faudrait détailler les moindres enjolivures de "Back ln The Night", les solos de bottleneck, les raclures des cordes. Prés de deux mille personnes comprennent alors qu'on leur offre l'occasion inespérée de se libérer de la frustration accumulée des vies durant. Voici les premiers fous qui enjambent la balustrade, les risque- tout qui sautent dans le vide, déboulent sous les spots, dansent au bord de la scène. Ils sont accueillis par les rocks les plus tueurs. "Lights Out", martelé, au cours duquel Brilleaux crache des chapelets de mots à propos de "se faire la malle et d'éteindre les lumières, un-deux-trois..." Et aussi sec, "Route 66", devenu l'espace d'un calembour "Route Sixty Sex" (qui a dit que ces jeunes gens manquaient d'humour ? Vous ? Emmenez-le, les gars !). Pendant "Roxette", je ferme les yeux, et j'entends deux guitares qui se répondent, je le jure. Lee cogne son micro à grands coups de poing. Il souffle ! C'est fini : "Good night ! BONSOUA !" Déjà ! Non, ils reviennent, salués par une ovation titanesque... "On va vous raconter l’histoire d'un Louisiana Boy qui s’appelait Johnny B. Goode ! Merci !" Et en plus, ils nous remercient ! Mais c'est nous qui hurlons de reconnaissance, face à cet hymne régénéré, revitalisé, excitant comme... comme ces filles aux seins palpitants qui se ruent sur la piste! En une minute, on se croirait revenu à l'époque des dance-contests ! Car la foule explose. Et c'est l'extase, enfin. Partout, on se fend, on jouit ! Quelque part, au-dessus de-nos têtes, Brilleaux précise maniaquement : "Deux coups, Wilko !" Et tel une horloge de chair et de sang, le maigre guitariste se déchaine, monte en l'air tout en descendant deux choruses chromés qui attisent encore le bacchanal. Jambes écartées, Brilleaux place son micro entre ses cuisses et le contemple avec des yeux exorbités. Et il le lance en avant, hop ! Hop ! A la faveur d'un pont de basse, on plonge directement dans "Bye Bye Johnny", Sparko assure, Wilko ponctue et Brilleaux se prend pour un héros de chez Stax. Il fait du soul ! Il swingue ! Plus noir que vous ne pensez ! C'est le finale, repris par toutes les gorges, salut Johnny, merci Doc, et inutile de nous raccompagner, on connait le chemin !

Mais... mais... alors que Sparko enlève sa basse, que Figure se lève en faisant de grands V, Brilleaux, incroyablement tendu, les rappelle a l'ordre d'un geste, et wham-wham, "Great Balls Of Fire" débouche sur l’apothéose. Toute la nuit, je vous dis! Il y aura encore d'autres attitudes, plus frappantes, toutes lustrées de sueur, des statues dignes de symboliser les outrages de l'an 2001. Quelle frénésie, alors ! Mais non, cut ! Coupez ! Immortalisez l'image... Trop tard ! et nul ne revient de ces concerts-la! Cordes charcutées, shows galactiques et donne-moi un abri, petite sœur.

Plan de fin

Long plan sur la loge. Voix off : "Un spectacle, d'un autre ordre, c’est tout." Vision fondue de civières. Plan moyen sur Wilko Johnson, allongé sur le dos, torse nu et luisant, yeux révulsés, aspirant l'air a grandes goulées chaotiques. Gros plan sur Brilleaux, qui tourne en rond, une serviette en travers du cou, suçant désespérément des tablettes de sel. Coincé par un interviewer, Figure s'enferme dans les chiottes. Court arrêt sur Sparko, qui ricane méchamment. Voix off : "Quand nous vous prévenions des dangers de cette musique qui menace nos enfants, c’est à eux que nous..." WHAM ! La caméra explose, le film crame.

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