Dr. Feelgood
Lee Brilleaux - Rock Spirit (1991)

Propos recueillis par Emmanuel Potts © Rock Spirit

Cela fait plus de quinze ans que Dr Feelgood propose sa guérison haute tension. Crois-tu que le groupe a sa place dans l’histoire du Rock ou ne penses-tu pas à ce genre de choses ?
Je n’y réfléchis pas trop, mais je suppose que Dr Feelgood mérite une belle phrase, si ce n’est un paragraphe dans le grand livre du Rock. Toutefois, je pense que nous sommes loin d’avoir l’importance de groupes comme les Rolling Stones ou les Who. Dr Feelgood a sa petite place, sans plus, dans l’histoire du Rock et j’en suis assez fier…

Si tu n’avais pas pu t’exprimer au sein de Feelgood, avec qui aurais-tu aimé jouer ?
C’est une très bonne question et il n’est pas facile d’y répondre. Cela m’aurait vraiment plu de jouer de l’harmonica avec Muddy Waters et d’autres bluesmen américains aussi honnêtes.

Penses-tu que tu vis une époque qui ne te convient pas ?
Je me suis toujours senti hors de mon époque, et pour tout dire, je pense que je me suis carrément trompé de siècle ! Je déteste toute forme de modernisme, mais je soupçonne que je suis troc romantique et que j’aurais été mal à l’aise dans n’importe quelle époque. Cependant, ce sont mes points de vue qu’il convient de prendre avec une certaine philosophie.

En 1976, le groupe a dominé les hit-parades britanniques avec l’album "Stupidity". Ce n’était que le troisième album de Feelgood ; tout n’est-il pas arrivé trop vite ?
Probablement ! Nous étions comme un car sans chauffeur qui dévalait une pente à fond les manettes ! C’en fut de trop pour nous car nous n’avions pas réalisé ce qu’il nous arrivait : tout s’était passé si vite et nous étions sur un nuage ! Par la suite, nous avons connu un creux, mais comme oublier les mois qui ont suivi "Stupidity" ? Nous étions jeunes et avons su pleinement en jouir. Si je revivais cela de nouveau, aujourd’hui, je ne m’amuserais pas autant qu’à cette époque ! Il est certain qu’il aurait mieux valu connaître un tel engouement un peu plus tard dans notre carrière, mais nous ne pouvions le contrôler… pas le moindre regret de ma part !

Est-ce que cela t’énerve quand on proclame que le Feelgood d’aujourd’hui, c’est Lee Brilleaux secondé par n’importe quelle trope de musiciens bucherons ?
Cela ne m’énerve pas vraiment, car les gens ont leur idée du groupe et ont peut être raison quelque part. Si j’étais un autre membre du groupe, en revanche, là, je serais agacé, mais les musiciens qui forment le Feelgood d’aujourd’hui sont suffisamment adultes pour ne pas se laisser miner par de telles affirmations. Cependant, Dr Feelgood ne peut être seulement Lee Brilleaux car j’ai besoin des autres qui s’investissent dans le groupe et eux ont besoin de moi. Nous fonctionnons en véritable équipe… Et si cela n’ait pas été le cas, j’aurais abandonnée le nom de Dr Feelgood ! Le groupe reste un quatuor et la philosophie qui l’a toujours poussé reste comme avant : c’est pourquoi Dr Feelgood existe encore aujourd’hui ! De plus, pour être totalement franc, davantage de gens sur terre ont entendu parler de Dr Feelgood que de Lee Brilleaux !

Et dire que certains pensent que Dr Feelgood est une personne en chair et en os !
Oui, cela prête à confusion pour un novice, mais il ne s’agit pas du frère de Dr John en tout cas !

La presse britannique vous traite régulièrement de vieux jetons. Qu’en penses-tu ?
Je m’en fiche. Pour dire la vérité, je e sais pas vraiment ou elle veut en venir, car elle n’informe plus les lecteurs sur les qualités musicales de tel ou tel groupe… Les journalistes anglais se prennent pour des stars et ce n’est pas absolument le but du jeu ! On trouve même des articles sur des groupes dans les quotidiens de droite et tout cela signifie que les Rock’n’Roll est maintenant devenu respectable et peu dangereux.

Est-ce que cela te perturbe ?
Que peut-on y faire quand on sait que l’Angleterre comporte énormément de gens qui ont atteint la quarantaine. Le Rock a perdu en vivacité, mais la même chose était arrivée au Jazz.

Quel est ton avis sur l’arrivée en force du CD ?
Etant donné que l’on réédite les anciens albums de Feelgood en CD, c’est une bonne affaire pour moi, en tant qu’homme d’affaires, nul doute à ce sujet ! J’ai un lecteur laser, mais je n’arrive pas à déceler la différence en qualité entre un CD et un vinyle. Ce qui est certain, c’est que tous mes vieux disques de Blues sonnent mieux en vinyle qu’en CD. C’est peut être psychologique… Certes, ils grattent, mais que c’est bon ! Le vinyle a de la personnalité alors que le CD est fonctionnel.

Est-ce que cela t’embête de n’avoir pas connu de succès aux Etats-Unis ?
Il est vrai que nous ne sommes qu’un petit groupe culte là-bas. Nous aurions du vraiment y aller plus franco, il y a bien longtemps : j’ai peur que maintenant, ce soit trop tard ! Nous aurions du nous concentrer davantage sur les USA, mais je peux dire que les souvenirs que nous en avons ne plus pas mémorables. Nous avons commencé à nous frictionner avec Wilko Johnson là bas, et notre première visite américaine fut – et ce n’est pas une blague – en première partie de Kiss. Une épouvante totale et un véritable drame ! Nous en avons beaucoup souffert et avons connu bien de la malchance aux USA : entre autres, nous nous sommes fait coffrer ! Mais nous avons quand même réussi à nous amuser un peu, parce que nous étions jeunes.

Il y a cependant une résurgence du Rock basique aux USA, avec le succès des Black Crowes et d’autres. Alors est-ce que les dès sont vraiment jetés pour Dr Feelgood ?
Il est vrai que le Rock’n’Roll repointe ses guitares aux USA et ce peut être une grande source d’encouragement pour nous. Je me souviens avoir vu les Del Lords à Madrid, récemment, et je me suis dit : "Putain, on est aussi bon qu’eux !". Nous allons à nouveau tenter notre chance aux USA, mais ce n’est pas la peine d’avoir décroché un contrat discographique là bas. Or, on ne va pas nous sacrifier pour les Etats-Unis, car ce serait négliger les autres pays qui nous ont toujours montré leur enthousiasme ! Il y a un point que je débecte en ce qui concerne les USA : je ne supporte pas de jouer dans des salles ou tout le monde est assis, en train de siroter des foutus cocktails. Ce n’est pas du tout Rock’n’Roll ça !

Est-ce que jouer dans ce groupe te redonne l’allant d’un adolescent ?
Non ! Au contraire, cela me fait me sentir trop vieux. Ca me botte toujours mais parfois j’ai peur de tomber dans le ridicule… mais je m’en sors. J’ai toujours le trac avant un spectacle mais Dieu que je suis soulagé une fois que ca chauffe sur scène ! Je crois cependant que je ne pourrais m’arrêter de faire de la musique du moment que les gens sont prêts à payer pour m’écouter…

Dans beaucoup de chansons du groupe, les sujets principaux sont les femmes volages. Est-ce une réalité que tu vis ?
Disons que j’ai vécu de telles expériences un jour ou l’autre et cela me divertit de les raconter. Par ailleurs, quand on chante le Blues il est difficile de ne pas aborder ce sujet épineux car cela fait partie de la tradition de cette musique. Toutes les femmes ne sont pas évidement pas volages mais la majorité de celles que j’ai rencontrées l’étaient !

Envisagerais-tu un jour de chanter des chansons à consonance politique ?
Non, ca l’autre moi, celui qui sue sur scène, n’est pas intéressé par la politique… et tout le charme de Dr Feelgood s’évaporerait. Le Dr est davantage soucieux de savoir su le cheval sur lequel il a misé va remporter la course ou non ! Dans l’absolu, cela me plairait de chanter pour une cause humanitaire mais je crois que ceux qui donnent là dedans sont trop condescendants et bien peu sincères ; cela semble être de la publicité trop facile !

En revanche, impossible de ne pas évoquer l’alcool lorsqu’on se penche sur la carrière de Dr Feelgood.
Il est vrai que l’alcool a toujours été un stimulant pour ce groupe mais nous sommes plutôt des contrebandiers que des alcooliques invétérés… Cette réputation de buveur devant l’Eternel nous a toujours collé à la peau et il est vrai que nous avons énormément éclusé dans le passé, impossible de le nier. Surtout pendant la seconde moitié des années 70 ou nous étions bourrés presque continuellement… Maintenant, je picole un peu moins et mes meilleurs alibis sont l’âge et la conscience professionnelle : je ne supporte pas de tricher avec un public qui paie pour venir m’applaudir !

Mais beaucoup de groupe, surtout dans le Hard Rock américain, bâtissent des légendes sur leur capacité à boire non stop…
Ce ne sont que des rigolos ! S’ils veulent se mesurer à moi sur le plan alcool, ils seront en train de geindre sous la table bien avant moi ! Être alcoolique n’a rien d’intelligent en soi… Alors, en profiter pour se construire une image de marque ? Ce que j’apprécie quand on va descendre une deux eux bières avec des copains, c’est surtout la camaraderie présente !

Es-tu envieux des groupes qui connaissent le gros succès, du jour au lendemain, avec seulement un album en stock ?
Oh que non, je ne les envie pas le moins du monde ! Cela sent trop l’arnaque et le marketing… pas la musique en elle-même. Or c’est le business et, comme je n’ai jamais été un joli garçon, j’en suis toujours resté l’écart. Tant mieux d’ailleurs ! Je suis davantage un artisan qu’un artiste… La différence est là !

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