Dr. Feelgood
Lee Brilleaux - Le mois Feelgood - Best (1976)

Propos recueillis par Francis Dordor © Best
Merci à Daniel Rapina !

Feelgood occupe le devant de la scène. Et en beauté. Un album "live", un vrai, une tournée française, une grande. Le mois Feelgood, quoi. Et personne ne s’en est plaint, surtout pas Francis Dordor qui a rencontre Lee Brilleaux et l’a suivi lui et ses petits camarades, jusqu’a Lyon pour le départ de leur mémorable tour de France. ..


Londres, le samedi 25 septembre

Le répondeur automatique récite par deux fois sa froide petite litanie, préenregistrée :
"Hello ! Vous êtes à la Doctor Feelgood’s House, Canvey Island, Southend. Nous sommes absents pour le week-end. Votre message va être inscrit sur bands. Tachez d’être le plus bref possible ! Parlez s'il vous plait !!!
- Euh... voilà... je désire rencontrer les Feelgood. Ce serait pour une interview. Euh... vous comprenez... cela fait un an que le public français ne les a pas vus sur scène. On a la mémoire courte par ici. Oh, je sais... pas eu le temps de nous rendre visite... l'Amérique... le prochain album en préparation... je ne je sais... que trop. Mais enfin, vous n’êtes tout de même pas de la race seigneuriale des mammouths du rock'n'roll dont un unique passage suffit à laisser ce genre de traces, si profondes qu’elles nous garantissent à cheque saison orageuse une flaque électrique pour nous assouvir pleinement. J'admets volontiers que votre album public, "Stupidity" nous donna aisément le change, surtout que, armé d’un son pareil, il n'y a aucune alternative, il faut l’écouter très fort, a saturation totale... ou pas du tout. Bien qu'ici bas, on nous a supprimé le bonus-single, avec "Johnny B. Goode". Mais ce n'est pas encore ca. On a beau deviner Lee Brilleaux sur "I’m A Hog For You Baby", pompant frénétiquement le plancher, le micro dans la culotte, Wilko hachant avec une minutie de tortionnaire les riffs de "20 Yards Behind", manque une dimension. Ouais, on aimerait bien vous avoir tous les samedis soirs dans nos banlieues. Est-ce que Jack l'Eventreur désertait 6 mois de l’an les ruelles de Soho ? Une réputation, cela s’entretient ! Bon… alors cette interview ?'

Paris, quelques semaines plus tard

- Zzzzzzzzzzzzzzzzzz…"
Lee Brilleaux est visiblement irrité. Le visage est ruine de fatigue, l’œil torve, la main tremblante. Nous sommes dans l'un des bureaux de U.A. France. II griffonne un exemplaire du best-seller de Giscard d'Estaing. Il commence par affubler la photo du verso d'une mèche sur le coté gauche, sévère et historiquement célebre, puis dessine une petite moustache, non moins représentative. Enfin d'un geste vengeur, il assène d'un seul coup de crayon, une svastika bancale. "Fuck !!! " Il balance violemment le fascicule bleu sur le mur qui lui fait face. "Who needs that fucking shit ? " En dehors du rock'n'roll, le meilleur sujet a traiter avec Lee, c'est la politique. Son thème favori : l’autogestion, qu'il traite avec la matoise persuasion d'un ancien militant trotskiste, très brillant, parait-il. Et le rock et la politique ? : "Le business est maitre. Quelques groupes avaient un réel message politique, le MC 5, les Doors, Steppenwolf. En Angleterre la politique fait bâiller, c'est pourtant pas le moment. Il rallume pour la nième fois son énorme cigare, est secoué par un chapelet de quintes aigues, puis ramène en arrière se maigre chevelures."

(Attention : cette interview contient des termes pouvant être considérés comme préjudiciables, si ce n'est dangereux, à la morale d'une certaine jeunesse.)

Apres la sortie de l‘album "live" votre répertoire sur scène va devoir changer…
Dans "Stupidity" on retrouve l’ambiance de nos concerts. Ce sont nos titres favoris qui y figurent, "She Does It Right", "Going Back home", etc. plus quelques autres que nous jouions sur scène depuis longtemps et qui n'avaient jamais été enregistres, "I'm A Hog For You Baby", "I'm A Man", or "Walkin' The Dog". En fait c'était pour marquer le coup et dire "tenez ca, c*est Dr Feelgood live". Cela faisait deux ans qu'on jouait ce matériel sur scène. Maintenant le public va forcèrent attendre autre chose. Nous venons de mettre au point de nouveaux titres dans le studio de Sparko (le bassiste) à Canvey Island. Ce sera un peu différent. C'est toujours Dr Feelgood, la différence, c'est notre tournée américaine. L'album "live" c'était pour se débarrasser des titres qui remontent à nos débuts st qui devenaient plutôt "historiques". Mais le tournée européenne que nous entreprenons est surtout bade sur l'album "live", plus deux ou trois nouvelles chansons.

D'un point de vue technique, les deux faces de "Stupidity" sont assez dissemblables. Le son de la face enregistrée à Sheffield et celui de la face Southend sont assez différents, est-ce que le groupe avait considérablement évolué durant cette période de six mois qui sépare les deux enregistrements ?
Oui bien sur, mais les différences proviennent surtout de l’acoustique opposée des deux salles. Le Sheffield City Hell est un vaste ballroom, comme il en existe dans cheque grande ville du Nord. Le Southend Kursaal est d'une dimension plus restreinte, qui contient peut-être autant de personnes, mais bénéficie d'un volume plus petit. Lorsque nous avons mixe les bandes, nous désirions conserver l'identité ambiante du concert de chacun de ces deux endroits. Le plupart du temps, nous avons exagéré les détails spécifiques, en éloignant les micros des amplis à Sheffield pour reproduire fidèlement l'écho naturel de la selle. Au contraire au Kursaal, nous les avons collés sur les emplie pour révéler l'aspect massif que donnait le son, là.

Malgré cette savante concoction, "Stupidity" n‘est pas le genre d’album qui servira à tester une chaine stéréo.
FUCK !!! Tant mieux. C'est plus honnête ainsi. Un micro pour cheque ampli, un pour cheque tom de batterie, un pour me voix, deux suspendus dans le selle, on a fait ca en équilibrant cheque source, comme sur la table de mixage, le jour de n'importe quel concert. Le son est EXACT. La plupart des albums "live" sont trafiqués dans les studios, retravaillés à l'aide de "l'over dub" de "re-recording" et toute cette putain de merde. Celui-ci est honnête, celui-ci es "LIVE". Le seul emploi de précède technique est intervenu lorsqu'il y avait eu 8 la base un incident, un micro défaillent ou autre. lt's very much as it happens, you know.

Plus que votre premier album, celui-ci nécessitait peut-être un pressage mono...
Nous avons voulu être le plus fidele possible eu son que l'on percevait dans la salle, pas celui que les baffles de retours nous donnaient. Vous entendez ce que le public entend dans la salle, pas ce qui est sur la scène. Le son que l‘on entend sur scène est mono. II est situe au milieu des deux speakers, celui de la salle est séparé par les deux colonnes de baffles. L'impact est mono, le procédé est stereo. Voila la raison. C’est plus honnête.

Comment s'est déroulée cette première tournée américaine ?
On a eu du bon temps. On a appris beaucoup. Avec la presse et l'appui de CBS, on a eu la frousse de ne pas tenir les promesses émises à notre sujet, avec tout ce putain de tapage a la Bruce Springsteen. En fait nous étions sur d'aimer l’Amérique, avant qu’elle se décide à nous aimer.

Musicalement. cala vous a-t-il énormément apporté ?
Non, pas plus que ca que nous savions déjà. Ce fut surtout l’atmosphère des concerts qui contribua à notre évolution. Nous n'avons fait que des petites salles, quelques exceptions près Les kids sont le bas... comment dire... pIus civilisés, tout aussi spontanés, mais avec certaines réserves. Ils ont l’air plutôt curieux, comme des gens qui regardent une vitrine en disant "Eh... c'est Dr Feelgood à New York. Ils viennent." Ils semblent assez sevrés de Rock’n’Roll. Il nous fut plus difficile d'entrer en contact avec eux, qu’eux avec nous.


Dr Feelgood est tout de même le premier groupe depuis longtemps en Grande Bretagne, à être exporté outre-Atlantique.
Oh... II y a Robin Trower, Bad Co…

Mais de la ia "new fashion" ?
Oui, bien que les choses aient considérablement évoluées aux U.S.A. Voici quelques années tout groupe en provenance d'Angleterre était a priori, garanti d’un certain succès, parce que l'Angleterre était "groovy", "hype". Mais c'est bien fini. Un groupe anglais ne signifie plus rien. Pour nous, disons que CBS a bien fait son travail. Trop bien peut-être.

Quelles sont les raisons exactes de cette discorde avec Kiss, durant cette tournée américaine ?
Voici l'histoire et les faits véritables. Nous avions signe un contrat avec le management de Kiss pour faire leur première partie pendant 5 ou 6 concerts dans les villes du centre et les états du Sud. Le premier était à Mobile, Alabama. Nous arrivions tout droit de Cleveland, Ohio, par avion. Le concert se déroulait dans une salle de basket-ball. Il n'y avait que deux vestiaires, occupés, cela va sans dire, par les membres de Kiss et leur suite. Ils en avaient besoin pour leur maquillage et leur costume, toute cette merde. On est venu nous dire: "Bon les gars, il faut aller vous changer dans les chiottes." On transportait nos guitares et nos valises. On a tout lâché d’un coup. Wilko, Sparko, Figure st moi, nous nous sommes regardés. Nous leur avons signifié que c'était impossible... pensez donc... se changer dans les chiottes. Les types du management ont dit "Fuck off". Alors on a dit "O.K., on ne jouera pas ce soirs. Bien que nous leur ayons au préalable demandé de nous fournir une caravane.
Ils ont dit que c’était trop tard. On ne tenait pas à se changer dans les gogues, a accorder nos guitares pendant que les gens du service venaient pisser à coté de nous. On a refait notre demande de caravane en leur déclarant que nous ne jouerions pas si on ne nous l’accordait pas. Un des types s dit "OK ne jouez pas, nous on s'en tout". Ils pensaient peut-être que c’était capital pour nous de jouer avant Kiss, dans ce putain de Mobile. Nous ne demandions pas un local de luxe, nous voulions être en paix pour mettre nos pantalons et accorder nos guitares et puis discuter avant Is show. Le management a dit que si nous n'assurions pas la première partie ce soir, il était hors de question de poursuivre cette tournée ensemble. Le contrat allait être résilié. Voile. Les membres de Kiss ne furent marne pas mis au courant. Ils ne l’ont jamais su. On ne les a même jamais rencontrés. Cala nous à couté beaucoup d'argent. Les frais de déplacement sans aucun bénéfice.

Les choses ont-elles évolué dans le réseau des petits groupes à Londres et ailleurs depuis votre succès ?
Très peu. Lorsque nous avons débuté dans les pubs, la presse nous a accueillis chaleureusement. Mais néanmoins aucune compagnie de disque n’a émis le souhait de nous signer. On lisait dans les journaux "Feelgood is great" mais cela en restait la. Il n'y eut qu’une seule compagnie qui nous propose un contrat. Les autres étaient effrayées, effrayées à l’idée d'investir de l’argent dans un groupe de pub, effrayées par notre image, mais surtout notre style de musique. C’est la même chose actuellement pour le punk-rock Iondonien, tout Ie monde a peur de faire un "deals" avec les Sex Pistols ou les Damned.

Justement d'un courant musical à l'autre, cela ne va-t-il pas trop vite. Feelgood va peut-être des demain trouver son remplaçant. Si ce n‘est déjà fait.
C'est ca le rock. L'instant. C'est là, c'est brulant et après vous le jetez. On ne le conserve pas, on ne l'accroche pas à un mur. Quand Eddie Cochran a fait "C'mon Everybody", il ne désirait pas faire un... "morceau d’art"... ni une nouvelle "Joconde". Il a fait du Rock’n’RoIl. On n’a pas besoin de ce putain d'art prétentieux, (il désigne du doigt une reproduction sous verre d'un Vasarelli. Ce sont ces putains de groupes comme Yes qui prétendent faire de l’art, des albums que l'on écoutera dans 100 ans. Voilà bien l'Europe... cette prétention à vouloir toucher l’éternité touts cette merde, Ange, Genesis, Yes. Aux U.S.A. on vit l’instant.
Je ne suis pas un putain d’artiste, je ne fais pas de ca putain d'art. C’est ce que ces connards d'imbéciles dans les maisons de disques ne comprennent pas. Ils viennent me voir et me dissent : "Oh, you’re a real musician ! "MOI, UN MUSICIEN, JE NE JOUE MEME PAS DE LA GUITARE CORRECTEMENT. Le Rock, c‘est une putain d'expression de ce que tu ressens sur le moment !!! Quand je serais vieux, j'aurais tout oublié, si je le deviens... vieux. Le meilleur truc, c’est de mourir à 28 ans. Demandez à Jim Morrison ou A Jimi Hendrix !

Quel âge avez-vous ?
26 ans.

II y a un risque évident d'obsolescence. Ce que connait Feelgood en ce moment. Avec des groupes comme Eddie and the Hot Rods, Feelgood est déjà un ancien.
II y a de la place pour tout le monde. Les Hot Rods tournent ici, nous tournerons là bas, de l'autre coté de l'Atlantique ou ailleurs. II n'y a pas une véritable compétition entre eux et nous. Mais pendant que l'on s'occupe de ces mesquineries, savoir lequel de nous deux est le meilleur, Jon Anderson, le chanteur de Yes, produit l'album le plus épouvantable que l'on puisse écouter. Feelgood et les Hot Rods donnent des concerts comme si à chaque fois c’était le dernier, eux font tout pour rester encore dix ans dans le business. Voila la différence.

Vous allez retourner aux studios très bientôt…
Tout d'abord, nous terminons cette tournée, les 17 concerts en Angleterre et ceux sur le continent. C'est le ou on a le plus de plaisir. Je préfère être, de loin, sur une scène que dans un studio. Feelgood est un groupe "live". Nous n'aimons pas vraiment faire des disques.

Pourquoi ne pas se consacrer uniquement à la production de singles ? "She Does It Right" ou "Roxette", étaient plus significatifs de l'esprit Feelgood que "Malpractice" par exemple.
C'est un problème économique. Le marché du single est restreint. Les Hot Rods devront un jour produire un album s'ils veulent gagner le grand public.

Mais comme vous, il semble qu'ils aient certains problèmes pour composer.
Hum... le problème n'est pas de composer. C'est simplement qu'il n’y a pas de public dans le studio. Nous avons besoin d’une réponse. Nous ne désirons pas créer pour le plaisir de créer, nous voulons produire de l’énergie et des émotions. Nous sommes rentrés en studio avec de nouvelles compositions, mais personne n’était capable de les juger tant que nous ne les avions pas joués sur scène. Voici trois ans et demi que Feelgood existe et il est évident que nous devons changer, évoluer. On n'en sera jamais néanmoins à faire des putains de solos de huit minutes et plus. Le prochain album sera différent parce que nous sommes allés aux U.S.A., nous y avons rencontré d’autres gens, d’autres musiciens.

Prendrez-vous, un jour la décision de n’enregistrer que des albums "live" ?
Pourquoi pas. Nous sommes sortis de là, des petits clubs, nous avons joué sur une scène avant d'avoir même acquis une certaine technique instrumentale. On nous a découverts sur une scène. Wilko, Sparko, Figure et moi avons chacun un rôle. Dans un studio ce n'est plus ca. La musique est là mais pas l'impact visuel. Lorsque les Kids achètent votre disque c’est qu'ils vous ont vus jouer. Ils se souviennent ils se repassent le film. C'est important.

Même si c’est toujours le même film ? Voir Wilko agiter la tête et vous, secouer le micro comme un shaker.
Oh, je comprends... le gimmick. Cela fait dix ans que Mick Jagger bouge son cul et frappe la scène avec son ceinturon, que Pete Townshend fait des moulinets avec son bras. Nous remuons naturellement sur une scène, c'est notre manière à nous. On ne va pas chercher à sauter sur un trampoline pour avoir un effet encore plus spectaculaire. Comme notre musique, cela vient naturellement, rien n’est étudie.

Mais là les gens s'attendent à voir ça, vous finirez pas ne plus pouvoir vous en débarrasser.
Le jour où je ne le sens plus... j'arrête. C'est tout.

Consultations

Bonté divine ! Faut-il être vraiment et littéralement porte sur la chose !! Voici que Doctor Feelgood choisit la province pour ses premières consultations, et moi... Dordor "Feelgood", je m’expédie d'un coup de botte de sept lieues, sur les traces de l'ogre, pour assister A ces festins régionaux. Apres Lyon, Besançon et Grenoble, dans les effluves mêlées, de saucisson chaud et de fondue, je retrouve mon carnet de notes, plein de hachures, de gribouillis, de taches de vin, je le dépouille de ses erreurs, comme de ses doutes, et je vous sers là... maintenant, mon diagnostic.

Figure-vous que je n'avais pas vu le groupe depuis un an l J’en étais devenu gaga. Une de ces déprimes !! Déjà trois semaines que je jouais "Stupidity" chez moi, le volume a faire tondre les cloisons, fort comme quatre douzaines de leurs concerts, et miment devant la glace... le Brilleaux... le Wilko. C’était selon. Vous dire si j'étais atteint. Heureusement que "Stupidity" est un si bon album, leur meilleur et le meilleur album "live" de l'année. Mais passe ce stade, je n'étais plus qu'un asthmatique égaré sur un poussier de charbon à qui l’on promet des vacances a La Bourboule. Le 41e jour après la sortie du disque, je n'ai pas pu résister plus longtemps. Je suis descendu de chez moi, tout seul...
J'ai traversé la rue. Les gens me prenaient pour un fantôme. J’étais en chemise de nuit j'ai décroché le téléphone. Il était 2 heures 26 du matin : "Allo Lebrun, J'y vais !". II a compris. Faut-il vous dire que Dr Feelgood est le groupe n° 1 dans mon hit parade personnel, à égalité avec les Dictators, Ces dévoreurs d'énergie font partie d’une race en voie de disparition. Je pense souvent aux mammouths, conservés dans les glaces arctiques, et c'est précisément dans la glace noire du vinyl que l’on saisit à chaud leurs vociférations. Mais je reste pourtant fidele à la spontanéité d'un concert, du travail à vif. Feelgood est l’un des derniers e faire passer la scène avent toute autre chose. Pour cette tournée française, l'occasion était trop belle.

Lyon, le 3 novembre.

La Bourse du travail était surchauffée ce soir-là. En première partie, dans cette étuve, nous eûmes droit à une formation anglaise qui joue américain, le Georges Hatcher Band, un bunch de "cocky bastards" emmené par un type de Caroline du nord, exilé à Londres et qui auditionna une vingtaine de musiciens avant de choisir son groupe définitif. Georges est de la même école dont sont issus Marshall Tucker et Charlie Daniels. Mais il dit avoir été "révolutionnaire dans sa tête" avec la parution da "Sergent Pepper". II va donc gagner les cotes anglaises pour satisfaire la joute de ses influences, s’est adjoint un guitariste qui préfère Black Sabbath a I'Allman Bros Band et une section de musiciens londoniens qui renvoient Status Guo à l'école, pour recompter les mesures de leur boogie fonctionnel.
Eux, jouent ca genre comma ceux qui écumant et fourragent tant de part et d'autre du Missouri, qui portent Stetson et boivent bourbon. C'est plus proche de Lynyrd Skynyrd que d'autre chose, mais un Lynyrd qui serait tombé sur un guitariste virtuose, ce qui change tout. Ils débutent sur le "Statesboro blues" rendu célèbre par I’Allman Bros et finissent par un titre de Loggins et Messina. Big John Thomas, le guitariste le dit : "on nous appelle déjà: "the next million dollar boys".

Le public est relativement nombreux ce soir-là, (soir de coupe d'Europe, a une cinquantaine de kilomètres da St-Etienne). La dernière fois que Feelgood était passe par Lyon, il n’avait rameuté que deux cents personnes. Aujourd'hui, il y an a dix fois plus, ce qui est assez significatif de l'expansion de la chose rock dans nos provinces. Arrivent nos quatres malfrats, le costume "cheap" de Wilko parait encore plus fripé et étriqué que d’habitude. Lee, veste et chemise à rayures, chaussures blanches à motifs italiens.


Kling Klang, "Talkin" About You". C’est très lent, Deux fois moins rapide que sur "Stupidity". C’est la consternation ! Quoi, Dr Feelgood les maitres de la carburation névrosée, surpris en flagrant délit de panachage. Wilko s’expliquera plus tard : "Moins rapide peut-être, mais deux fois plus fort. Et puis l'avantage c'est que le show va crescendo". En effet trois titres plus tard ("Althrough The City", "Going back Home" et "Stupidity"), la cadence est reprise avec "I Don’t Mind", la face de Wilko s'allume, il est branché sur sa folie, la lèvre mordue, les yeux hallucinés, le geste obsédé sur son instrument, le groupe retrouve sa fière de croisière, "Keep It Out Sight" et le foule se soulève. Enfin, le premier sommet du set "I’m a man". Ce titre de Bo Diddley est plus intéressant à voir sur scène qu'à écouter sur disque lorsqu’il est joué per les Feelgood. Wilko devient subitement genial, se mine bizarre, la langue courbée, ses gestes vétilleux et les veines de sueurs qui coulent sur son visage de page moyenâgeux. Il ouvre le canal de sa guitare, en sort une myriade de notes tranchantes.
Avec ses nombreuses grimaces et ses moues, Wilko n'a pas l’air méchant, il l’est. "They ever miss / the way I’makin’ love, they can’t resist", sa guitare devient le phallus miracle, d’un coup de rein, il éjacule route la liqueur électrique sur les planches. Le second sommet, c’est "Checking Up For My Baby", composition de Sonny Boy Williamson et c'est Lee qui se taille la part du lion. Surtout son harmonica. Derrière Figure fouette ses peaux en toute simplicité, avec son étonnante économie de gestes, pour un type qui bat si vite et avec une telle dimension. Sparko déroule le gros ruban noir, avec sa basse, c'est lui qui balise sagement et efficacement le délire des deux leaders. Pour le rappel, c'est... ô surprise, "Great Balls Of Fire" de Jerry Lee Lewis, le lendemain, "Johnny B Goode" et le troisième jour à Grenoble, les deux. Le concert de Besançon, le lendemain fut sans doute le moins saisissant. Ce furent surtout les titres nouveaux du répertoire qui prirent du bonus, "Time And The Devil", "Everybody's Carry A Gun" changé par Wilko, et "Lights Out" ce superbe rock'n'roll composé par un certain Jerry Byrne, un type de la New Orleans, un pote à Doctor John et aux frères Neville, membres des Meters.

Grenoble, le 5 novembre.


Dans les coulisses du palais d'hiver, subsistent encore vestiges et déchets des 6 jours cyclistes. En fait tout se passe très mai. D’abord cette salle qui ne correspond plus à rien, dans son imposante structure et son inévitable écho, e rien et surtout pas à une salle de concert. Le public est à 20 mètres de la scène, oui 20 mètres ! Et pour arriver sur cette maudite scène, il faut faire le tour de la piste dans un souterrain, puis traverser la salle jusqu'aux marches qui mènent sur les planches. Wilko est d'une humeur fracassante. il s'apprête à accorder s guitare dans un compartiment des coulisses, où ont été au préalable branchés sa petite Fender et l mini ampli. HORREUR, quelqu’un s’y trouve déjà, un inconnu venu pisser ici par hasard, se croyant tout permis, et même d'aller ensuite serrer la main de Wilko. C’est le drame. Wilko quitte immédiatement les lieux. C’est la crise, il fuit, Brilleaux le rattrape. Les deux hommes s'expliquent. La tension monte. De plus le service d'ordre est complètement dépassé, un chien court sur la piste, le public rugit, les Feelgood n’apparaissent toujours pas. Tout ceci prend des dimensions impossibles. Enfin les néons s'éteignent, le public redouble de hurlements, une petite lumière conduit le groupe jusqu'à la scène. Les Beatles en ont fait autant pour arriver sur le stage du Shea Stadium. "I Can Tell", le repertoire a changé. Et le volume a au moins triple depuis la dernière fois.
Le problème de l’écho est totalement résolu. La force et la vitesse du son talonne et finit par happer cette maudite réverbération. Je n'ai jamais vu Feelgood jouer aussi dur, c'est du métal, de la lave, un bain d'étincelles. Les ombres se profilent sur toute une partie du vélodrome, géantes et noires. Tout ca n'a plus rien d'humain et Feelgood est en train de donner son meilleur concert. Je manque de souffle, je suis cloué par terre. Je pense à la cocaïne que je n’ai pas prise, au speed que j'ai refusé, mais c'est tout comme, le manque vraiment de souffle. Wilko lacère l'espace et le groupe passe au niveau supérieur. Lorsqu'ils feront "Johnny B. Goode", le public se déversera de tribunes et remplira le devant de la scène. Brilleaux prend toutes les occasions pour baiser la batterie, Wilko pour jouer les possédés. Ils sont irrésistibles. Ce soir-le, le rock'n’roll est grenoblois. On en a oublié les brigades rouges.

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11 Mai 2017

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