Dr. Feelgood
Lee Brilleaux - Best (1975)

Propos recueillis par Francis Dordor © Best
Merci à Daniel Rapina !

Dans l’ombre des bouges asphyxiés, on vous l'a dit, Doctor Feelgood est la tourbe noire du rock actuel et ceux qui ont parcouru délibérément ces galeries du dernier gisement d'énergie anglaise n'en sont pas remontés sans quelques coups de grisou dans les oreilles. Bien que la sainte électricité se veuille apolitique, le pub rock conserve une forte conscience de classe, une âme prolétaire. N'oublions pas cette pratique des scènes dures, aiguisée le long des coupe-gorges de la banlieue londonienne qui luisent d'ennui et de méchanceté. N'oublions surtout pas les concerts donnés dans les prisons et tout particulièrement celui de la prison de Wansworth où les Feelgood assenèrent du rock'n'roll comme on vide le chargeur d'un FM sur une cible sans défense. Ils eurent l'aisance de faire "Riot in Cell Block Number 9" en rappel l’émeute dans le bloc pénitencier N° 9 œil. Wilko braquant se longue Fender noire sur les matons, ahuris d'une telle audace. Le Brilleaux, le chanteur qui prend son micro pour un shaker de nitroglycérine, ne cache nullement son passé de militant trotskiste et d’ailleurs, l’initiative de jouer le 18 octobre dernier aux Halles de la Villette pour la fête de la Ligue communiste, lui revint en partie.

Vu l’élargissement de leur audience (festivals d'Orange et de Reading) on peut craindre une rupture avec ce qui semble être le creuset le plus fécond du rock anglais depuis deux ans. Ce circuit de pubs qui tambouille du boogie tous les jours de la semaine, le où la plèbe vient tuer son dernier dérivatif. Mais comme dirait Lee "Il ne s'agit pas autant pour nous de jouer devant 100 000 personnes que de rester fidèle à Bo et à l'esprit qu'il nous a injecté."

Brut Lee

La première fois que j’ai rencontré Lee Brilleaux, ce tut un peu avant le concert qu'ils donnèrent à Orange. Un puissant véhicule emmenait les journalistes de Nîmes à Orange en passant par Avignon où nous restaient quelques espoirs : l’interview. Vite brûlés d'ailleurs puisque nous dûmes reprendre la TOUTE du Théâtre Antique dans les minutes qui suivirent. Devant nous roulait lentement une superbe GS noire que nous nous times un devoir de doubler. Attitude que les passagers de la berline n’eurent pas |'air d'apprécier, s'engageait alors une superbe course poursuite avec les queues de poissons et les dérapages d’usage. J'ai même vu le passager à la droite du conducteur frapper ce dernier pour le rendre plus enrager sur son volant. Une fois arrivé, les pneus encore brûlants, leurs flancs taches de sang et où s'étaient collés des plumes de volatiles, un grand gavroche sorti par la portière avant droite essuyant l’écume de ses lèvres. Ce soir-là, les Feelgood firent un "Route 66" dur comme aucun carburateur n'en pourrait supporter.

Ordonnance n° 2 : "Malpractice"

Votre nouvel album est prêt, c'est du rock hein ?
On l’a fini il y ajuste deux semaines, et comme sur le premier, Vic Maile s'est occupé de la production sauf pour la seconde face et deux morceaux de la première, mais c’est lui quia quand même supervise le tout. Que dire de plus sinon que les différences avec le premier album ne sont que d'ordre technique. Le son en particulier. Il est différent mais garde la rigidité du rock’n’roll. Nous n’avons pas voulu employer toutes ces techniques qui frelatent quelque peu la pureté du son rock, "overdubs" (technique pour dédoubler le son) et tous ces trucs. Il y a un peu plus d'écho mais sans plus.

Tout est une question de technique ?
Non, on ne peut pas dire ça, le seul point technique c’est dans la production pas dans l’instrumentation.

Vous avez eu plus de temps pour l’enregistrement ?
Oui nous avons eu beau coup plus de temps. Le temps de travail se répartissait ainsi : les pistes étaient enregistrées en deux prises maximum, ensuite nous retournions à la maison pour les remixer, car nous ne voulions pas faire le mixage en une seule fois.

Il se compose de quelle manière ?
Dans le même esprit que "Down by the Jetty", "Malpractice" est néanmoins un album plus heureux. Moins fondamental dans le sans où "Down by the Jetty" était une entrée en matière et donc plus significative puisqu’ ’il permettait de prendre contact avec le groupe. La première face commence avec "I Can Tell » de Bo (Diddley) c’est ce qu’il faut pour sentir le sang monter aux tempes. Ensuite c’est "Going Back Home" un titre qui est un peu le résumé de la philosophie du groupe, sur notre jeunesse sur les saouleries nocturnes, sur les amis qu’on a, qu’on quitte. C’est un des meilleurs que, Wilko ait composé. Après "Back in the Night" version différente du simple au niveau du mixage, c'est "Rolling and Tumbling" qui domine la fin de la face, "Don't Let Your Daddy Knows" que chante Wilko est un peu un pastiche, un titre assez teen et cool. La seconde face est plus dure "Watch your Step", "Riot in cell block 9", "Because Your Mind" sont les trois titres les plus heavy de l'album. "Riot" a un peu la place stratégique, c’est normal puisqu’il demeure l’archétype du morceau rock, dans sa structure mais aussi dans l’esprit. L’émeute c’est ce que le rock suggéra tout le temps. "Because Your Mind" est le morceau le plus long qu'on ait jamais enregistré. Sans affectionner particulièrement les longueurs, ce titre passe mieux en stéréo qu’il ne l’aurait fait en mono. La conclusion du disque, c’est qu’il est inutile d’appeler le docteur si vous n'avez pas la permission de prendre des pilules.

Est-ce à peu près la même répartition pour les compositions et les reprises que sur le précédent ?
On peut évaluer que, comme pour "Down by the Jetty", il se compose de 60 % de nos propres compositions et 40 % de reprises.

La pochette ne te rappelle pas quelque chose ? Morrison Hotel…
Je ne me souviens pas de cette pochette.

Mais n'était-elle pas en couleur ?
Oui c’est possible, on nous avait déjà dit que la pochette du premier album ressemblait à "Back in USA" du MC5 ; moi je ne trouve pas.

Tu es originaire du Southend...
Pour être plus précis de Canvey Island la plus importante raffinerie de pétrole de l’Angleterre.

As-tu fait parti de la bande à Mickey Jupp ?
Non, j’étais trop jeune

Mais Wilko a joué avec lui...
Non plus, il était dans les groupes satellites qui tournaient autour de Mickey et du sien, le plus connu reste the Orioles. C’est un peu lui le père de tout ce rock'n'roll du sud de l’Angleterre. Moi j'étais beaucoup trop jaunes cette époque, dans les mid-sixties, et je n'habitais pas encore à Canvey, j’étais à 50 miles au nord. C'était impossible pour moi de connaitre tout ça et je n’avais pas d'argent pour me payer une voiture. J'ai quand même vu son dernier concert avant qu’il ne se sépare de son groupe. C'était une légende là-bas.

Tu n’es pas plus jeune que Wilko pourtant...
Nous avons le même âge, mais Wilko était plus concerné que moi parce qu’il était sur place. Je ne connaissais que les jugbands qui faisaient une espèce de vieux jazz, j’ai d’ailleurs joué dans l’un d'eux.

Depuis que Feelgood est arrivé au sommet, il y a du avoir quelques changements dans le mouvement pub rock à Londres ?
Je ne sais pas. Je crois que la situation d'il y a deux ans n'e pas évolué, mais a glissé vers un renouvellement progressif. Il faudrait savoir si ce sang nouveau est meilleur que l’ancien, car les groupes de pub à Londres se poussent les uns les autres. Il y a ceux qui disparaissent et ceux qui naissent, et il y a le cas assez rare de ceux qui arrivent au succès. Mais le plus tragique c’est encore ceux qui continuent sans jamais sortir de la misère. Il y en a certains qui tournent depuis des années et vivent dans la même crasse. Il y a trois-quatre ans, le pub-rock était quelque chose de réellement magique et venait comme un miracle. Mails qui à fait ce miracle ? Les journalistes qui ont décidé de descendre dans les caves, voir si on ne faisait pas encore du skiffle ou du jazz. Il ne faut pas croire que du jour au lendemain des groupes se sont mis à jouer dans les pubs, il y en a toujours eut il y en aura encore. Ce qui a changé avec le mouvement pub c’est une certaine mentalité classique. Dans ces endroits il règne une atmosphère très différente, le public n’est PAS la pour étudier la musique, les gens ne s’écrient pas : "écoute ce solo il fait une inversion sur le troisième accord." Non, il y a eu une réaction contre tout ca. l.es gens ont arrêté de s'asseoir et d’apprécier en esthète. Et il en est de même pour le business, les musiciens ont l’honnêteté de vouloir faire plaisir au public. Le pub rock continue, il y a de plus en plus de petits groupes qui perpétuent cette fraicheur, ce 'fun'. C’est ce qu'ont fait les Who à leurs débuts. l.es Stones, les Beatles, les Yardbirds étaient des groupes de pub.

C'est étrange de voir Feelgood aussi populaire ici. Est-ce uniquement grâce aux concerts ?
C’est aussi étrange que de voir en France des cultes autour des Flamin’ Groovies, des Stooges ou de Gene Vincent. Cela n'existe nulle part ailleurs pas même aux States. Je pense que si nous avons fait autant de tournée ici c ‘est parce que le public a une bonne mémoire. Pas comme en Angleterre.

Et les Etats Unis ?
On est totalement inconnu là-bas. Notre premier album n'a jamais été distribué. Nous recherchons toujours une compagnie de disque. On à de bons espoirs, ce sera de toute manière notre prochain champ de bataille.

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